vendredi 15 septembre 2006
Un supermarché d'apparence anodine (poésie négociatique)
Par chatte-sexe, vendredi 15 septembre 2006 à 07:30 ::
quelque part dans le sud de la France. Inconsciente du danger, je passe à la caisse. Pizzas surgelées, bières, vodka, saucisson, pickles... La routine.
? 87,50 ?, me fait la gourde. Avez-vous la carte à points ?
Elle se lance dans un discours aux accents gaulliens : la carte est gratuite, superbe, économique. Rendez-vous immédiatement en caisse centrale où d'aucunes vous la prépareront !
La caisse centrale est là -bas, au bout du magasin, et pas du tout au centre. Ce détail épouvantable me fait dresser l'oreille mais je n'écoute que mon courage et mon estomac. La gourde centrale me fait ma carte à points, valide mon ticket de caisse et m'annonce en hurlant d'émotion :
? Vous avez un crédit de 3,37 ? !
? Foutre ! m'émeus-je. J'utiliserai cette somme lors de mes prochaines emplettes dans mon supermarché habituel.
Elle me gifle violemment et gronde, gencives hérissées :
? La carte à points de notre magasin n'est valable que dans notre magasin, petite sotte, tâchez de vous en souvenir !
Le lino façon marbre se dérobe sous mes pieds. Je fonce au parking, jette mes pizzas dans le coffre de la voiture et bondis à nouveau entre les gondoles, cherchant désespérément un article à 3,37 ? tandis que les gourdes m'épient avec des rictus cruels. Les heures tournent, la fermeture approche, je tombe d'inanition quand soudain un rayon laser jailli de nulle part déchire le continuum spatio-temporel avant de s'abattre sur les chamallows en vrac. Sauvée ! En achetant 29 chamallows 3/4, j'arrive tout juste à 3,37 ?. Je cours à la caisse.
? 3,37 ?, balbutie la gourde. Avez-vous la carte à points ?
Je la brandis, conquérante. Elle se paie et m'assène :
? Vous avez un crédit de 0,03 ?.
Rapide calcul mental : libre à moi d'acheter deux septièmes de chamallow, mais il me restera encore un crédit d'environ 0,0012 ? difficilement négociable sur le marché des matières premières. J'éclate en sanglots déchirants. Un petit troupeau de gourdes se forme autour de moi.
? Allons allons, maugrée une vieille gourde, vous reviendrez l'année prochaine pour dépenser vos 0,03 ? dans notre magasin.
FIN
(Voilà . C'était juste pour vous dire les pratiques inqualifiables des commerçants pour obliger les touristes à revenir d'une année sur l'autre dans leurs bleds pourris qui puent l'anisette et le romarin.)
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