extrèmement précoce. Un recordman. On m'avait bien prévenue de ne pas l'approcher mais comme je suis une fille plutôt ouverte d'esprit, je n'en ai pas tenu compte. Ou alors, inconsciemment, je l'ai fait exprès. Par curiosité. Il s'appelle Bogdan. Quand je lui ai serré la main, tout son corps s'est mis à trembler, à onduler comme un serpent qui mue, il a poussé un râle de plaisir et j'ai vu une tâche suspecte lui apparaître à l'entrejambe.
Nous nous sommes enfuis, chacun de son côté, honteux.
Trois semaines plus tard, je l'ai croisé à nouveau. Il avait maigri. Un fantôme. J'ai fait attention à ne pas lui tendre la main mais nous sommes allés boire un verre dans un café tranquille et il m'a tout raconté. C'était comme ça depuis la puberté, autant dire depuis toujours. Les femmes l'évitaient soigneusement. Il a cru bon d'ajouter en riant :
? Avec les hommes, ça ne se produit pas. Je ne suis pas homo !... Mais les femmes... Je les effraie, peut-être.
Sa vie était un enfer. La solitude lui rongeait l'âme. Nous avons commandé un autre verre, puis un troisième. Bogdan s'est enhardi :
? Avec toutes, c'est fort et incontrôlable. Il suffit qu'elles me prennent la main pour que je prenne mon pied, comme on dit... Mais avec vous c'est différent, plus intense, plus profond.
Troublée, je crois que j'ai rougi jusqu'au sommet des oreilles. Et j'ai pensé absurdement : « Pour la contraception, c'est pratique, il suffit de baiser avec des gants. »
Il poursuivait :
? Lorsque vos doigts charmants ont effleuré les miens, l'autre fois, une sensation inouie s'est emparée de moi. Du plaisir sexuel, bien entendu, vous l'avez constaté, mais pas seulement. Un sentiment de plénitude, aussi. J'ai su que vous étiez faite pour moi, que ma vie venait soudain de... Cela paraît idiot, n'est-ce pas ?... Depuis, je ne dors plus.
On ne m'avait jamais rien dit d'aussi beau. J'ai posé ma main sur la sienne et il a joui là , dans le bar presque désert, renversé sur son siège et les yeux mi-clos durant de longues secondes. Puis, nous avons marché au hasard des rues et parlé encore et encore. Il me disait à quel point il se sentait incomplet, un presqu'eunuque dont le sexe était incapable de donner à une femme "la jouissance érotique qu'elle méritait". Ce sont ses mots.
? Je ne saurai jamais faire l'amour, insistait-il, les yeux débordant de tristesse.
Et je pensais : « Tu sauras, oh oui tu sauras, même si tu ne le sais pas. Ta belle queue molle et maladroite, ta feignasse de queue, moi il me semble que je l?aime déjà , telle qu?elle est, et pour le reste tout le monde s?en fout. C?est du velours ta queue, j'en suis sûre, c?est un habit plein de couleurs pour aller à la fête. On la branlera pour jouer, pour le plaisir de la voir gonfler et gigoter, et quand tu te cabreras et me diras t?arrête pas, t?arrête pas maintenant, et qu?elle deviendra violette et crachera un geyser de foutre qu?on s?étalera partout, toi sur le ventre et la langue, moi sur les seins, tout ça me bouleversera. D'avance elle me fait mouiller ta queue, elle m?emmènera dans des délires pornos, en faisant rien, juste en étant là , chaude, près de moi, à palpiter comme un oiseau dans ma main. Qu?elle tienne pas la distance pour me faire jouir, qu?elle m?astique à la va-vite et s?arrête aussitôt essoufflée, c?est peut-être justement ça qui m?attendrira. C?est marrant. Je te verrai qui essaies, qui essaies, t?en auras jamais assez, tu voudras tout le temps me sauter en espérant que cette fois, au moins une fois quoi, ça marchera, que ta queue crachera pas trop tôt, qu'elle gardera le rythme un poil plus longtemps que d?habitude, juste ce qu?il faut, et que moi je me tordrai dans tes bras en criant des trucs que t'as jamais entendus et que j'ai jamais criés. Et puis, bien sûr, ça marchera pas mais tu remettras ça et remettras ça encore. Je te dirai laisse tomber. T?es pas comme ça toi, et voilà , tout est dit. T?es différent. Tu vas pas te laisser ronger par ces conneries, non ? Oh tu sauras faire l'amour, tu sauras bien le faire, ta langue m?enverra des décharges électriques, tes doigts me ramoneront comme personne a jamais su le faire, ta queue restera triste, en rade, à se branler et à juter pour personne mais même comme ça j'en redemanderai. On les emmerde les autres avec leur religion de l'exploit, comme quoi c?est avec sa queue que le mec doit mais alors absolument faire gueuler sa nana, avec sa queue et rien d?autre, en la défonçant, violence ou douceur mais rien que la queue, le barreau qui faiblit pas, le mec à l?état pur qui se trémousse pendant des heures et des heures au-dessus d'un trou, sans céder d?un pouce, têtu le macho avec sa bonne grosse bite toujours plus grosse et dure et même qui passe d?une chatte à l?autre et les fait toutes crier maman et oh oui et chialer de bonheur les nanas, ce genre-là tu vois, c?est Superman ça, tu sais, le mec ridicule en collant bleu et rouge, l?amerloque à la con qui croit au Père Noël et que les gentils gagnent toujours à la fin et on l?emmerde ce mec-là , ce connard de performer qui s?imagine encore que les sportifs à la télé c?est des demi-dieux et pas des pourris drogués jusqu?à l?os. Toi et moi on s'en donnera du plaisir, on le prendra ensemble notre pied, tous les deux dans notre nid, et si les autres comprennent pas on s?en foutra. Suce-le-moi encore, je te dirai à l'oreille, refais-moi voir des étoiles avec ta langue et ta bouche, tes mains en moi et tes mots partout sur ma peau. Ils disent qu?il faut absolument jouir ensemble, pile au même moment, à la même seconde tous les deux bras en croix dans l'extase. Mais qu?est-ce que ça peut bien foutre hein ? On est tout seul de toute façon dans l?extase, tu le sais bien toi, on voit et on sent plus rien. C?est comme la mort, la vraie, crever ensemble ça nous ferait une belle jambe. Oublie ça et refais-moi jouir encore et encore, branle-moi longtemps, lèche-moi partout où mes mains t'emmènent, et puis je m?abandonne, tu prends le contrôle, mon corps est à toi pour le temps que tu voudras, j?aime tout ce que tu me fais et c?est ça savoir baiser. Toi c?est comme ça que tu baises. Nous on s'aimera comme ça et pas autrement. »
Nous nous sommes mariés le mois suivant. Un garçon comme ça, on ne le laisse pas partir. Il avait su me parler et faire parler tous seuls les mots dans ma tête. Et chaque jour, si vous voulez vraiment tout savoir, chaque jour et toute au long de la journée, je ne pense qu'à lui et j'attends sans cesse le moment où, le soir venu, nous éteindrons la lumière et où nos mains se chercheront dans l'obscurité et se rencontreront et...
Je ne suis pas sûre que vous puissiez comprendre.
En savoir plus :
J'ai connu un éjaculateur