mercredi 19 juillet 2006
L'ours (l'affrontement final)
Par chatte-sexe, mercredi 19 juillet 2006 à 07:30 ::
« Un ourson naît dans un zoo, je ne sais plus où et peu importe. Il n?y a, paraît-il, plus de place dans ce zoo surpeuplé. Simple : on tue l?ourson. Utile et agréable : le personnel du zoo le mange. Amusant : "Ils n?ont pas vendu la peau de l?ours !" commente finement le commentateur. » (Cavanna, La belle fille sur le tas d?ordure, 1991.)
Vous voyez bien : même les zoos n?en veulent plus.
Les animaux on a comme qui dirait une dent contre eux. Qu?est-ce qu?ils nous ont fait ? C'est probablement un vieux contentieux qui remonte à la préhistoire. Souvenons-nous. Le paléolithique inférieur. Il est cinq heures du soir dans le jardin d?Eden. Adam a laissé sa pute seule avec un serpent et se promène dans la cambrousse en sifflotant. Il croise une bête.
? Bonjour, qu?il fait Adam. T?es qui toi ?
? Salut. Je suis la grenouille à large bouche. Et toi ?
? Moi je m?appelle l?Homme et je suis d?essence divine.
? Ah bon.
Comme cette idiote de grenouille, estomaquée, ne trouve rien d'autre à dire, Adam continue sa balade et rencontre une autre bête.
? Bonjour, qu?il fait encore. T?es qui toi ?
? Moi je suis l?ours. Et toi ?
? L?Homme. Avec une majuscule, s'il te plaît, parce que je suis d?essence divine.
Là , l'ours ouvre la gueule et fait un drôle de bruit saccadé que le gars Adam avait jamais entendu.
? C'est quoi ça ? qu'il demande.
? Je ris.
? Je ne vois pas ce qu?il y a d?amusant.
? Ne te froisse pas, ami, qu?il fait l?ours. C?est l?expression « essence divine ». Elle est assez savoureuse.
? Tu me crois pas ?
? Pour être franc, qu?il fait l?ours, ton histoire est un peu dure à avaler. Regarde-toi. Regarde-moi. N'ai-je pas des yeux ? Des mains ? Des sens ? Des affections ? Des passions ? Nourri du même pain, blessé par les mêmes armes, sujet aux mêmes maladies, guéri par les mêmes remèdes ? Subissant même hiver et même été ! Si tu me piques, je saigne, si tu me chatouilles, je ris ! Si tu m?empoisonnes, je meure !? Bref, si toi, l?ami, tu es d?essence divine, alors moi je suis le beau-frère de Jehovah.
Et l'ours s'en va en refaisant son bruit saccadé qui énerve Adam.
De quoi je me mêle, pense Adam avec au c?ur une incommensurable tristesse. Et le lendemain, sous le regard attendri de papa Dieu, il cherche un moyen de faire comprendre à l'ours, de lui faire toucher du doigt l'essence divine de l'Homme.
D'où l'invention du fusil à lunette.
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