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vendredi 28 juillet 2006

Toujours rien...

Il est déjà 7 h 07 et toujours aucun commentaire. Bizarre ça.

C'est pourtant pas faute d'avoir mis une note de qualité. Elle est bien aujourd'hui ma note. Hi hi ! Super poilante. Au troisième paragraphe, quand je dis « il l'encula en do dièse mineur », t'es mort de rire, obligé.

Enfin ça dépend. Si on n'a pas lu les paragraphes d'avant, ça fait rire moyen, et même à la limite pas du tout.

Faut que je les prévienne. Je rajoute vite fait un petit machin liminaire, ni vu ni connu, pour leur dire de surtout pas lire le troisième paragraphe en premier sinon c'est le bordel et tout l'humour que j'ai mis au meilleur de ma forme néocorticale s'écroule et dégouline comme une vieille pizza longtemps trimballée à mobylette par ce con de livreur qui s'est gouré d'adresse et c'est pas la première fois. Qu'il se goure, je veux dire.

Bon, je clique sur « Enregistrer » et voilà.

0 commentaires toujours... C'est pas normal. Du tout. A 7 h 09... Limite inquiétant même... Et le chien du voisin qui aboit comme un fou, on croirait que c'est la guerre qui...

La bombe !

Putain c'est ça, c'est la bombe, ça peut être que ça, je vois pas d'autre explication, elle a explosé quelque part et ils sont tous morts sur le coup, tout mon lectorat putain !, morts sans avoir eu le temps de finir de me lire, les dents figées dans un ultime et vain éclat de rire qui ne verra jamais la lumière du jour ni l'éclosion des ?ufs de cailles au retour d'aucun printemps. Atomisés, qu'ils sont. Leurs couilles pulvérisées flottent, radioactives, dans la stratosphère et me regardent peut-être de là-haut avec un rien de sourire tendre et définitif du genre ah le con elle nous a bien fait marrer cette conne avec ses conneries, et dans deux cent mille ans elles retomberont tranquillement les couilles en poudre, juste sur la gueule des dinosaures qui auront repeuplé la planète et feront du feu en frottant leurs écailles quand ils s'entubent. Saloperie de bombe. Je voulais vivre moi merde ! Je voulais encore poster des notes qui tuent, manger des pizzas dégoulinantes, engueuler les livreurs... Tout est fini maintenant, l'onde de choc se rapproche à la vitesse de la lumière au galop, elle m'avalera dans exactement trente ou quarante secondes, ça dépend du vent. Qui c'est qui l'a lancée celle-là ? Bof, peu importe. Un con, un tordu, un militaire bien obéissant depuis tout petit. Un qui avait pas lu ma note. S'il l'avait lue juste avant d'appuyer sur le bouton il aurait peut-être réfléchi à deux fois. D'abord il aurait été pété de rire et ça l'aurait empêché de bien voir le bouton à travers ses larmes et ses hoquets de poilade. Surtout quand il aurait lu « il l'encula en do dièse mineur ». A condition de pas lire le troisième paragraphe en premier mais j'ai rajouté un petit mot dans ce sens. Personne peut résister à « il l'encula en do dièse mineur ». Même pas un militaire obéissant depuis tout petit, payé pour appuyer sur des boutons qui flinguent des gens en automatique à l'autre bout de la terre. Il aurait été pété donc de rire et ensuite il aurait mis un commentaire, un truc malin, un truc sophistiqué et pas relou pour montrer que sous le militaire bien obéissant depuis tout petit se cache un mec cultivé, insoupçonné. Et aussi avec des gros mots, dans son commentaire, pour faire comme moi, genre le club des gros mots. Bref, ça l'aurait fait réfléchir pendant au moins deux trois bonnes heures pour trouver quoi écrire et pendant ce temps-là il aurait encore pas appuyé sur le bouton de la bombe et le monde aurait retenu son souffle en attendant que ça pète. Et puis en balançant son commentaire le mec sophistiqué déguisé en militaire, il aurait repensé à son bouton et il l'aurait bien regardé, longtemps, genre le macaque qui regarde son os dans 2001, si vous voyez. Et il se serait dit soudain merde si j'appuie là tout va péter mais absolument tout quoi et y aura de la poussière de couilles jusque dans la stratosphère l'espèce humaine sera réduite à néant et il se pourrait que Sînziana soit légèrement blessée et qu'elle écrive des notes moins poilantes après on sait jamais et merde j'appuie pas je l'emmerde ce con de sergent qui m'a dit d'appuyer il a qu'à aller se faire foutre allez je me commande une pizza et je vais pisser en attendant que...

Tiens ! un commentaire.

A 7 h 13. C'est pas trop tôt, connard. On est encore passé à deux doigts de la fin du monde. 



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jeudi 27 juillet 2006

A Gaza

en Irak, en Afghanistan, au Soudan, au Népal... j'ai même pas envie de savoir ce qui se passe exactement.

Je sais déjà.

En gros.

Je regarde ton cul s'étendre au bord des draps en pensant à Marcos avec sa 4ème guerre mondiale qui nous déchire l'avenir à grands coups de billets verts et je sais.

En gros joyeusement ces gens s'entremassacrent, joyeusement la communauté-internationale-des-marchands- d'armes distribue médailles et admonestations, joyeusement les médias lappent le sang avant qu'il disparaisse, tout bu par la terre.

Fermer les yeux, non. Je ne verrais plus ce cul velu attiseur d'envies et de mouillements rauques au long de tous mes axes féminins.

Inutile de chercher à savoir lequel des belligérants a commencé, lequel a la justice et le bon droit du bon côté de ses canons, lequel est le moins basané, lequel le plus facho... Pas de shrapnels dans nos rotondités mais laisserons-nous encore longtemps l'image de l'homme s'abîmer au bord des ruisseaux à sec et bouffer des sauterelles avant de galoper d'un schengen barbelé à l'autre ?! Ça je ne sais pas. Je ne sais que passer la main dans la moiteur de ton cul, saisir tes couilles d'un seul élan et ta queue ferme qui m'attendait et me reçoit, fuite misérable.

Ça sert à rien d'en parler encore et encore.

Ah! brûler nos folles, nos suicidaires usines à canons et s'aimer dans les décombres, vite, avant que les shrapnels ne nous rattrapent dans un dernier grand boom ! 



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mercredi 26 juillet 2006

Pourquoi je m'époumonne

à gueuler contre ces décervelés dont les modes d'expression favoris sont le coup de latte et le coup de boule ?

Qu'est-ce qui m'arrive ?

C'est pas eux les vrais méchants, les ignobles, les sanguinaires, les superprédateurs aux griffes d'acier.

Ce con de Zidane c'est rien qu'une jolie pute bien sage et obéissante qu'on met en vitrine pour attirer le chaland. Venez voir, m'sieurs dames, comme c'est chouette au pays du pognon ! N'ayez pas peur du capitalisme néolibéral ! Oubliez les continents sinistrés, les économies ruinées, les populations crevant hors champ, c'est rien que des dégâts mineurs et collatéraux, les derniers petits ajustements avant le temps de l'abondance planétaire ! Venez plutôt voir comme on s'amuse bien à boire de la bière à gogo en regardant la télé gratuite ! Venez voir comment on peut devenir une superstar les doigts dans le nez, suffit d'être passionné, d'avoir un moral gonflé à coups de cachetons et de millions d'euros et une bonne couche de merde en travers des yeux et...

Bordel, je recommence à m'en prendre à lui.

Je l'ai pas fait exprès, vous êtes témoins.

C'est comme aux guichets de l'administration, qu'est-ce que vous voulez, le premier fonctionnaire qui nous tombe sous la dent, on se défoule un peu dessus. Ça nous évite de chercher plus loin.



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mardi 25 juillet 2006

Au début du "Sens de la vie"

il y a le court métrage de Terry Gilliam où on voit de vieux pirates armés de bric et de broc s'emparer d'un superbe immeuble de verre et d'acier, un temple de la finance internationale, carrefour de tous les orgueils capitalistes.

En le revoyant, ça m'a rappelé le 11-Septembre.

2001.

Mais si, souvenez-vous, quand ils ont démantelé cet ensemble de logements sociaux qui était devenu une zone de non-droit à Nouillorque-la-Jolie...

Ok j'avoue tout, je rêve d'écrire une note poilante à propos du 11-Septembre.

J'en rêve depuis le 11-Septembre. 

Je commencerais, puisqu'on parlait de finance internationale, par les comptes d'apothicaire : 3000 civils tués ? C'est bien minable comparé au score qu'ont réussi la glorieuse Amérique et ses copines à Dresde, au Vietnam, en Afghanistan, en Irak. (Que M. Bush veuille bien m'excuser si j'en oublie.)

Oui, sauf que ça c'est pas désopilant, c'est juste vrai. 

Alors j'évoquerais l'ébouriffante ingéniosité de M. Ben Laden, sans qui le monde en général et le World Trade Center en particulier ne seraient pas tout à fait ce qu'ils sont : un trou qui pue la mort. Parce que massacrer des milliers de gens, quand on dispose de missiles balistiques téléguidés, c'est facile. A la limite, y a même pas de quoi se vanter. Appuyer sur un bouton, tout le monde peut le faire. Suffit d'avoir un bouton et un doigt.

M. Ben Laden avait un doigt (et même plusieurs) mais pas le moindre bouton.

Problème.

Il demanda à ses collègues barbus, à l'épicerie talibane du coin : pas un seul putain de bouton à missiles dans tout l'Afghanistan !

Il entra alors dans une colère terrible et grimpa au sommet de l'Hindou Kouch où il demeura sept jours et sept nuits. Dans la plaine, les hommes craintifs voyaient des éclairs jaillir des nuages entourant la montagne et tremblaient parce qu'ils avaient oublié leur petite laine. Puis, au matin du huitième jour, les nuées se dissipèrent et M. Ben Laden parut, la barbe et le bout de la queue givrés mais le cervelet tout rempli d'une idée de génie : ils allaient lancer sur l'odieuse Amérique des vélos aux freins sciés et des peignes pleins de lantes entre les dents !

C'était en juillet 2001 et le monde retint son souffle.

D'autant qu'il faisait pas mal chaud.

Surtout à Palavas.

Malheureusement, nos héros ne trouvèrent dans tout l'Afghanistan que des vélos pourris aux freins déjà HS depuis longtemps. Quant aux lantes, elles étaient disponibles par millions mais les Talibans avaient tous égaré leur peigne.

M. Ben Laden remonta sur l'Hindou Kouch chercher une autre idée.



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lundi 24 juillet 2006

Bien sûr qu'elle se branle

Tu ne sais pas lire ? C'est écrit là noir sur blanc : « Elle chante puis s'assied dans un coin et se branle. » Ce n'est pas compliqué. Qu'est-ce qui ne va pas ? Réfléchis. Prends du recul. Nous sommes à l'acte IV, son père est mort, ce faux-cul puritain d'Hamlet s'entête à ignorer ses avances pourtant de plus en plus explicites, elle est au bord de la folie, pourquoi ne se branlerait-elle pas ? Qu'a-t-elle à perdre ? Je crois même qu'elle espère secrètement qu'Hamlet passera par là, la verra en train de se toucher et lui sautera dessus pour la saillir comme un animal, là, dans les couloirs du château d'Elseneur, sous les yeux hagards des courtisans noyés dans leurs dentelles.

Et, si tu veux mon avis, la pièce serait bien plus intéressante si ça se passait effectivement comme ça, mais bon, il faut respecter le texte de Shakespeare. J'y tiens beaucoup.

Donc, après sa chanson, elle s'éloigne lentement, peut-être même qu'elle chancelle un peu. Les yeux perdus dans le néant qui l'attend, elle ne voit plus rien. Un peu comme si elle était déjà morte, tu comprends. Elle s'assied, ou plutôt elle s'effondre, se laisse glisser contre l'un des murs glacés du château et commence à se branler, tranquille, la tête ailleurs. Elle attend la petite mort. Peut-être s'imagine-t-elle que c'est Hamlet qui la tripote. Je vois ça comme ça mais si tu as d'autres idées, tu pourras les proposer cette après-midi pendant la répétition. N'hésite pas. C'est aussi ton boulot de comédienne de remplir les blancs du texte, de mettre un peu de ton vécu dans la tête d'Ophélie, sur son visage, ses émotions etc. Moi, tout ce qui m'intéresse, c'est qu'elle se branle. Et que ça ait l'air vrai. Le texte, rien que le texte. Qu'on voit ta chatte ou pas, c'est secondaire. Je ne sais pas a priori si on doit la voir. Ce n'est pas précisé dans les didascalies. Shakespeare a juste écrit qu'elle se branle. Point. Mais ne t'en fais pas. Au fil de notre travail, on verra bien quelle tournure prend la pièce et quelle image est nécessaire à ce moment précis. Avec la chatte ou sans la chatte. Les choses vont se dégager d'elles-mêmes. Les répétitions servent à ça. On ne peut pas savoir à l'avance.

Quoi ça te choque ? Qu'est-ce qui te choque au juste ? Qu'elle se branle ?

Ah! Je vois ce que c'est. Ophélie la pure, Ophélie l'immaculée, c'est ça ? Alors là, permets-moi de te dire que tu fais complètement fausse route. Je ne t'en veux pas. Je te le dis amicalement : tu as, comme tant d'autres jeunes gens, l'esprit empoisonné par cette saloperie de Romantisme. Le mal que le XIXème siècle a fait à Shakespeare !... Il n'y a qu'à voir le nombre de traductions d'Hamlet où Ophélie ne se branle pas. C'est hallucinant, je t'assure. Une véritable trahison. Débarrasse-toi vite de ces préjugés idiots si tu veux vraiment faire du théâtre. Oublie tous les Hamlet édulcorés que tu as vus. La véritable Ophélie n'était pas cette pisseuse en dentelles qu'on nous présente depuis au moins deux siècles. C'était au contraire une jeune fille éduquée, avertie, entreprenante, vivant dans un monde à demi barbare et parfaitement en phase avec lui. Il n'y a qu'à voir, dans la scène 2 de l'acte III, sa façon de tenir tête à ce salaud d'Hamlet et de le pousser dans ses derniers retranchements à force d'humour à double détente. Quelle femme ! C'est peut-être le seul personnage de la pièce qui ne soit pas dupe un seul instant, qui sache exactement ce qu'il veut jusqu'à la fin. D'ailleurs, elle se suicide. Ça en dit long, non ? Et je vais te dire : je trouve que tu lui ressembles un peu. Au niveau de la force de caractère. Elle et toi vous n'avez pas froid aux yeux. En tout cas, vous donnez cette impression.

Bref, elle se branle et je suis sûr que tu feras des étincelles dans cette scène.

Bon, alors qu'est-ce qui te gêne encore ? Le fait que ce soit à ce moment-là qu'elle se branle ?! Mais relis le texte, ma petite. Dans la scène précédente, Rosencrantz et Guildenstern sucent à tour de rôle la bite d'Hamlet. Dans la suivante, Horatio reçoit la lettre lui racontant comment le Roi a pris Gertrude en levrette lors de la partouze d'adieu du prince. Qu'est-ce qu'il te faut de plus ? Je trouve, au contraire, le moment on ne peut mieux choisi pour qu'Ophélie, que les événements condamnent peu à peu à une amère solitude, se branle un bon coup. Ne sous-estime pas le génie de Shakespeare ! Le théâtre était tout sa vie. Et, à son époque, il fallait voir ! C'était autre chose. Aujourd'hui, les intellectuels et les puritains ont tout récupéré, tout gauchi, tout haché menu pour que ça passe au travers de leur filtre simplificateur. Sous la grande Elisabeth, figure-toi qu'on n'avait pas peur de montrer sa bite sur scène. Ça s'enculait à tout va. Et le public en redemandait, nobles et simples pékins mélangés. La reine elle-même venait parfois incognito et applaudissait d'une seul main en se tapant sur la cuisse. Parfaitement !

Mais je te l'ai dit, le Romantisme nous a pourri l'esprit. Alors le fait que toi, petite débutante, tu ne perçoives pas toujours du premier coup d'?il la justesse des choix artistiques du Maître, ça ne me surprend pas outre mesure. Maintenant, écoute, là j'ai encore du travail avec la scène du viol de Polonius qui me donne du fil à retordre au niveau scénographique. Pourquoi n'irais-tu pas tranquillement répéter ta scène dans un coin, histoire de te familiariser avec le texte, et on en reparle au déjeuner, ok ?



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