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samedi 12 août 2006

Autant en emporte le bonze (7)

Voyons les choses en face : chez cette petite bourge de Sînziana, on peut même plus s'enculer tranquille entre doubles astraux.

Vous ! C'était vous, mon Lama, mon Dalaï ensoleillé, vous étiez sur le pas de ma porte avec toutes vos chairs et vos os karmiques ! Il était temps : j'étais à bout. A bout de tout. Vous me prîtes dans vos bras forts et me réconfortâtes instantanément, Ã´ délicieux avant-goût du nirvana !

Sans que j'eusse à prononcer un seul mot, vous comprîtes la gravité de la situation.

Nous bondîmes dans la chambre.

Trois fut aisément maîtrisable. Une vague lueur jaune jaillie de vos narines l'enveloppa. Bulle tantrique de qualité médiocre, m'expliquâtes-vous, mais on n'a pas le temps de fignoler. Enportant Trois, la bulle lévita jusqu'à entrer dans l'armoire dont je refermai aussitôt les portes à clé.

Le ciel me tomba dessus.

Crus-je.

C'était Quatre. Elle me déchirait les joues. Elle se brisa d'ailleurs un ongle qu'elle aurait bien du mal à rendre présentable, me fis-je en aparté la réflexion. Jérôme voulut la ceinturer. Elle lui écrasa les testicules tout en lui mordant le coude. Ou l'inverse. Vous essayâtes le coup de la bulle mais la peste s'échappait en proférant de sauvages imprécations. Aussi la cueillîtes-vous d'un direct du gauche en remarquant :

? Quand les machins védiques ne donnent rien, il reste toujours ça. Vous auriez pas quelque chose pour l'immobiliser avant qu'elle sorte des vapes ?

Je rougis ? le vîtes-vous ? ? en prenant dans l'hésitation, la honte et le tiroir de la table de nuit une rutilante paire de menottes. Rutilante et inutile puisque vous aviez entretemps déchiré violemment les draps grâce auxquels vous liâtes solidement Quatre aux montants du lit. Une bonne bulle tantrique par là dessus et la voilà à notre merci. Je fourrai les menottes dans ma poche. Déjà, Quatre revenait à elle et, groggy, grinçait :

? Vous êtes pas cool pour un bonze.

? C'est que tu ne le connais pas bien, esquissai-je.

Ces mots la rendirent folle. Tirant sur ses liens comme une bête, elle cria « Curé ! Curé ! Curé ! » et « Anarchie vaincra ! » et d'autres choses fantaisistes dénotant un esprit passablement aliéné. A nouveau vous l'assomâtes. Jérôme, qui frottait ses testicules en tentant de rassurer Cinq, toujours ligotée elle aussi sur le lit, les yeux révulsés de terreur, s'emporta :

? Vous exagerez, monsieur ! Je ne sais pas qui vous êtes mais vous êtes ici chez moi. En voilà une façon d'entrer chez les gens et de cogner sur tout ce qui bouge ! Cette pauvre Quatre... Ça fait deux fois ! Deux !

? Deux ! hurlâmes-nous de concert.

Où était-elle ? C'était la plus dangereuse de mes moi et nous l'avions oubliée. Nous déguerpîmes dans le couloir, filâmes dans le salon, galopâmes jusqu'à la chambre d'amis, cavalâmes jusqu'à la salle de bain. Personne. Il restait la cuisine. Fringants, nous y déboulâmes...

Le piège !

Cachée derrière la porte, l'ignoble Deux bondit, posa la pointe du couteau électrique sur votre sainte pomme d'Adam et pressa le bouton.

Il y eut un vrombissement affreux.

A suivre...



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vendredi 11 août 2006

Toute plaisanterie mise à part

les Nazis, ce qu'il y a d'intéressant chez eux, c'est leur formidable sens de l'organisation. Si on les compare aux Amerloques, c'est frappant.

Les Amerloques, cherchez pas, ils sont tous dans Dr Folamour. Des bourrins. Des cowboys bien trapus, à la nuque large où le soleil texan a bien cogné longtemps, aux grosses bottes pleines de merde. En 45 ils choisissent une ville. Une grande. Avec des gens dedans. Plein de gens. Des centaines de milliers. Des gens pas prévenus et qui, de toute façon, auront pas le temps de se sauver parce que ça va aller très vite. Et ils jettent une bombe là au milieu. Une énorme. Atomique. Ils font ça comme ça, sans vrai motif sinon de voir ce que ça va donner. Et ça donne 75.000 morts. Du moins dans un premier temps. Ensuite les cowboys de base ils se disent : et si ça marchait pas à tous les coups ? Alors ils en balancent une autre de bombe, trois jours plus tard, sur une autre grande ville, pour voir si elle fait pareil que la première. Bingo ! Tout pareil.

Et là ils se disent bon on va arrêter sinon ces salauds de communistes seraient capables d'aller dire qu'on est des assassins.

Voilà la manière amerloque.

Les Nazis à côté c'est McGyver : un bout de fil barbelé, quelques baraques en bois, deux ou trois vieux trains, un peu de gaz et hop ! six millions de macchabées dis donc... C'est pas beau ça ? De la méthode avant tout. De la discipline et de l'astuce. Le côté Vieille Europe, la fine fleur de deux mille ans de civilisation. Pas une poignée de pélerins partis jouer aux indiens.

D'ailleurs, regardez leurs copains là les Israëliens. S'ils sont si nerveux en ce moment, c'est parce qu'ils sentent bien qu'en matière de génocide, ils ont beau avoir été à bonne école et faire des efforts constants, ils sont toujours un peu limite.



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jeudi 10 août 2006

A Auschwitz

pour tuer l'ennui, on passait notre temps à jouer aux dés. Le plus chouette dé que j'aie jamais vu fut fabriqué par Jacques Dupuis, matricule 4509A5, dit Tonton Jacquot, à partir d'une vertèbre d'Iris, sa douzième et avant-avant-dernière femme. Il lui a fallu des semaines pour le façonner et le polir avec rien que ses dents, ses ongles, des pierres, de vagues choses faites de morceaux de fer assemblés. Ses mains auraient donné vie à une poignée de boue. A la fin, lorsqu'il nous l'a montré, son dé luisait comme du marbre. Sur chaque face, autour des points habituels, Jacquot avait gravé patiemment un splendide petit dessin représentant cette femme. Je m'en souviens encore :

1, le visage d'Iris

2, la main d'Iris grande ouverte

3, le cul large et balafré d'Iris

4, le pied-bot d'Iris

5, Iris faisant un bras d'honneur à Hitler

6, Iris se soulageant et riant aux éclats près d'un monceau de cadavres tandis qu'en arrière-plan on voit les dernières lueurs du soleil couchant éclabousser la Tour Eiffel qu'une volée de pigeon traverse et macule (le chef d'oeuvre de Tonton Jacquot)

Il l'avait beaucoup aimée. Sans doute plus que les treize autres. A Auschwitz, quand on ne jouait pas aux dés, on se mariait. Sitôt veufs ou veuves, hop ! les survivants s'empoignaient, cérémonie furtive au coin des baraquements puis longs coïts à même le sol dans des torrents de lumière et des beuglements de légende qui me résonnent encore aux paupières. On était fous, ivres d'ardeurs inemployées...

Et donc, férocement, on jouait.

On jouait tout : haricots, chaussures, couvertures, faveurs sexuelles, bons pour une douche gratuite... Lorsqu'on n'avait rien de tout cela, on pouvait jouer quand même mais alors on risquait un gage. Je n'ai perdu qu'une fois, une seule fois. Les autres ont réfléchi toute une journée. Ils savouraient leur victoire et se réjouissaient à l'avance, presque méchamment. Enfin, ils m'ont dit que je devrais faire sept fois le tour du camp en tenue d'Eve en criant "le Fürher est une vieille tante!" en allemand et en bottant les fesses de chaque kapo rencontré. C'était très difficile : les kapos se méfiaient. En vérité, je dois même confesser que j'ai un peu triché dans la mesure où, durant les deux ou trois premiers tours, on ne comprenait pas bien ce que je criais, à cause du froid mordant de janvier qui me faisait claquer des dents et, surtout, du fou-rire que j'avais bien du mal à contenir. Puis, alors que j'avais presque fini mon gage, de maigres Russes sont arrivés et ç'a été une furieuse pagaïe dans le camp.

Sans eux, qui sait ? la chance m'aurait souri, peut-être, et je gagnais aussi cette partie. A quoi tiennent les choses !...



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mercredi 9 août 2006

Jehovah est le patron

d'une flotille de pêcheurs, une des plus grosses qui travaillent sur le lac. Ses gars l'appellent Joe. Un jour qu'ils font la grève, il envoie pour régler ça son fils Jésus. Pas officiellement son fils, d'ailleurs, plutôt le fils d'un pauvre type, Joseph, qui construit des bateaux pour lui. Mais tout le monde sait que c'est le Joe qui a tringlé la Marie un soir où son légitime était encore saoul.

Jésus, c'est un dur à cuire qui n'a pas peur de la castagne. En même temps, depuis que le patron l'a pris sous son aile, il a appris à lire et à causer comme un rabbin. C'est pas pour autant qu'il vous castagne pas, mais avant ça il vous explique si bien vos quatre vérités qu'on a envie de le remercier pour les baffes. Un jour, des types ont essayé de le crucifier, des malfaisants, histoire de faire du tort à Joe. Le Jésus s'est décroché tout seul et leur est tombé sur le râble. Il en a fait des confettis. Depuis, il montre partout les trous de ses mains et de ses pieds.

Donc il arrive sur les lieux et monte sur une colline pour être entendu de tout le monde. Il y a là des tas de gars qui en ont marre de trimer pour des clopinettes, et blablabla, surtout que tout augmente, y compris les impôts de l'occupant romain, et comment qu'on fait pour joindre les deux bouts, explique-nous ça toi Jésus !

? C'est l'impôt qui vous chiffonne ? il fait, et il sort une pièce de sa bourse en disant : C'est la tête à qui ça ? C'est pas celle à César, des fois ? Alors c'est simple, les gars. Un type assez imposant pour avoir son faciès sur toutes les monnaies, vous lui donnez tout ce qu'il vous demande, et sans discuter. Après tout c'est lui qui l'a frappée la monnaie, non, c'est pas vous ? Vous, si vous êtes assez cons pour l'utiliser et que ça fait de vous des esclaves toute votre lamentable vie, c'est bien fait pour votre gueule.

Et là les pêcheurs se regardent en disant que oui, au fond il a pas vraiment tort, on est des cons. Pendant ce temps-là, Jésus avise un petit jeune assis au premier rang en train d'écrire à toute vitesse. Il se penche et lit : "Rendez donc à César ce qui est à César." Jésus lâche un petit sifflement d'admiration.

? Pas mal résumé, il fait. Tu travailles pour qui, gamin ?

? Scribe indépendant, m'sieur !

? Indépendant, hein ? On se voit après le sermon, il se pourrait que j'aie un job pour toi.

Les pêcheurs reviennent à l'assaut. M. Joe nous paie pas assez cher le poisson, et patati et patata, on a même plus de quoi se nourrir, nos vêtements sont en loques etc. Jésus lève ses mains pleines de trous pour les faire taire.

? Allons... Vous avez donc pas confiance en Papa Joe ? Vous savez bien qu'il vous laissera jamais tomber. En cas de famine, qui distribue des pains ? Qui a habillé les gosses à Sarah cet hiver quand son pauvre bonhomme est tombé au fond du lac et qu'elle est restée sans un ?... Faites pas chier avec vos questions existentielles.

Et le scribe écrit sur sa tablette : "Ne dites pas : que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? De quoi serons-nous vêtus ? Ne vous inquiétez donc pas du lendemain, car le lendemain aura soin de lui-même."

? Excuse-moi, Jésus, fait un type baraqué comme un lion, t'as sûrement raison dans un sens mais d'un autre côté ça me plaît pas trop de dépendre du patron à ce point-là.

Jésus le démolit à coups de baffes puis explique mieux :

? Que les choses soient bien claires : vous êtes rien que des animaux, des piafs sans cervelle, des bestiaux tout juste bons à trimer toute la journée, la peau bouffée par le sel et le soleil. Ok ? Maintenant, si vous êtes sages, mais alors vraiment super sages, aucun problème, on vous donnera toujours quelques miettes à bouffer.

Et le scribe écrit : "Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit."

? Un autre truc, fait Jésus en se grattant les couilles. J'en ai repéré certains parmi vous qui allaient par les rues avec des gueules d'enterrement, genre regardez comme on crève la dalle quand on bosse pour l'Oncle Joe... Vous croyez que ça lui fait plaisir à Joe de voir ça ? Un peu de décence quoi, les mecs ! Vous êtes pas les seuls à avoir des soucis. Bande d'égoïstes !

Et le scribe griffonne : "Quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes."

Un pêcheur lève le doigt pour prendre la parole, un énorme, bâti comme un ours et velu pareil, et Jésus hoche la tête.

? S'il te plaît, Jésus, fait le type, dis-nous comment qu'on fait pour devenir aussi riche que M. Joe ?

Alors là Jésus se marre un bon coup puis éclate la gueule du type puis dit en essuyant les petites larmes de rire au coin de ses yeux :

? Si y en a d'autres comme lui qui ont ce genre de rêves de midinettes, oubliez tout de suite. Les riches c'est pas des gens comme vous. Vous, du pognon, si on vous en donnait, avec vos petites cervelles en fromage blanc, vous seriez même pas foutus de le compter. Vrai ou faux ?... Mais les riches, les gars, vous imaginez même pas les problèmes qu'ils ont ! A gérer leurs terres et leur pognon, à faire gaffe qu'on leur chourave rien, à faire trimer des fainéants dans votre genre. Le Joe, je peux vous le dire parce que je le côtoie un peu, j'aimerais pas être à sa place. A force de se concentrer sur ses soucis, il chope de ces migraines ! Pauvre vieux... Non, je serais vous, je resterais bien pépère à bouffer des noisettes et boire de l'eau de pluie dans ma cabane en boue.

Et le scribe gratouille : "Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent; mais amassez-vous des trésors dans le ciel."

? Autre chose ? fait Jésus.

Les pêcheurs hésitent à mort, puis l'un d'eux s'avance, un géant à la gueule grise et large comme un cul d'éléphant qui dit :

? Juste un détail, une connerie, le prend pas mal, mais des fois quand on vient pour demander quelque chose au patron, bien poliment et tout, même pas forcément une augmentation du prix du poisson, eh ben... on est pas toujours bien reçu, tu vois ? Je dis pas ça pour toi, Jésus, mais des fois même on nous cogne, on nous envoie la milice, enfin tu vois l'accueil est pas toujours très sympa.

Jésus lui crève les yeux puis lui fait sauter toutes les dents puis lui fait manger ses couilles puis soupire un bon coup.

? Faut tout vous dire, alors ? il fait. Les riches, je vous l'ai déjà expliqué, ils ont plein de problèmes. Faut pas venir les emmerder avec vos revendications à n'en plus finir. Avec tout le boulot qu'ils ont... Vous croyez qu'ils travaillent pour eux les riches ? En Juifs ? Pourquoi ils feraient ça puisqu'ils sont déjà riches ? A quoi ça leur servirait ? Vous comprenez vraiment rien à rien. Vous êtes trop cons, tiens ! Mais les riches ils travaillent pour vous, bande de nases ! Aimez-les, bordel ! Léchez-leur les pieds au lieu de leur casser les couilles avec vos petits soucis de prolos !

Et le scribe note : "Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent."

Jésus continue :

? Faut arrêter de croire au Père Noël, les mecs. Ce monde est un foutu trou rempli de merde à ras bord, et c'est pas demain la veille que ça va changer. Ou alors faudra me passer sur le corps. Des amateurs ? il fait en montrant ses trous.

Pas d'amateurs. Les pêcheurs se dispersent en bavardant tout doucement et remontent dans leurs barques à moitié pourries.

Et le scribe consigne : "Je ne suis pas venu pour abolir la loi ou les prophètes."

Jésus relit tout ce qu'il a écrit.

? Un peu trop poétique pour mon goût, ton truc. La poésie c'est de l'embrouille-neurones. Mais ça pourrait aller quand même. Viens avec moi. C'est comment ton blaze ?

? Jonas, m'sieur.

? C'est nul. Tu t'appelleras Luc. A l'envers ça fait Cul. Mortel, non ?

? C'est quoi le job, m'sieur ?

? Ecrire un bouquin. Pour expliquer bien bien les choses à tous ces cons. Ils savent pas lire, tu me diras. Pas grave. On prendra des rabbins pour leur lire. Le rabbin les réunira dans un temple, mettons tous les dimanches, et leur lira le truc. Jusqu'à ce que ça rentre dans leurs petits crânes de piafs. C'est-à-dire toute leur putain de vie... Parce que bon, aujourd'hui tu as vu comment ça se passe, tant que je suis là moi, ça roule à peu près, mais je suis pas éternel. Je suis peut-être encore assez jeune et à la baston je crains personne, c'est pas la question, mais rien ne dit qu'un de ces jours je vais pas quand même me faire dessouder par ces salopards de pauvres. Ils sont capables de se mettre à quinze pour me coincer. Ils sont vicieux, tu peux pas savoir... Donc un bouquin. L'Habib, ça s'appellerait. Titre provisoire en fait, on verra. Tu veux en être ? Tu manqueras de rien. On est déjà une petite équipe à bosser sur le projet, dont trois ou quatre scribouillards dans ton genre, tu seras donc pas le premier ni le dernier à collaborer.

Et là le scribe lâche, hésitant : 

? Les derniers seront les premiers...

? ... à se faire enculer ? fait Jésus en se marrant comme une baleine. Bien vu, mon Cul !



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mardi 8 août 2006

J'ai démonté le machin

pour voir ce qui déconnait

Ça marchait plus

Enfin si ça marchait mais bizarrement

Des fois ça s?arrêtait de marcher sans qu?on appuie sur le bouton rouge

Donc je l?ai démonté et j?ai regardé dedans

Dans le machin

J?ai rien vu

Ou plutôt j?ai vu des tas de trucs

Une quantité incroyable de trucs

J?en avais jamais vu autant, des trucs

Ensemble, je veux dire

Sinon, dans ma vie, on peut dire que j?en ai vu pas mal des trucs, ça oui

Mais pas ensemble comme là

Des gros, des petits, des longs, des pointus, toutes sortes de trucs quoi

Ça m?a étonnée

Je me suis même fait la réflexion : « Qu?est-ce qu?il y a comme trucs dans ce machin ! »

Mais chaque truc avait l?air bien à sa place

Aucun truc ne faisait de la fumée

Aucun ne clignotait en rouge foncé comme dans les films, vous savez, quand la centrale nucléaire se prépare à exploser et que les enfants de l?école maternelle qui sont en train de la visiter demandent à la maîtresse c?est quoi le bouton rouge foncé qui clignote maîtresse y a écrit quoi dessus ?

Et là la maîtresse ne leur répond pas tout de suite

Parce que, sur le bouton rouge foncé, il y a écrit : « TEMPERATURE ANORMALEMENT ELEVEE DANS LE C?UR DU REACTEUR ATOMIQUE ? EXPLOSION IMMINENTE ? FUYEZ, FUYEZ, PAUVRES MORTELS »

Alors elle regarde les enfants un par un la maîtresse

Au fond du blanc des yeux

Et elle leur dit en articulant bien : « Qu?est-ce donc que ce bouton rouge foncé qui clignote ? Qu?y a-t-il d?écrit sur ce bouton ? »

Les gosses répètent

En se trompant un peu mais bon

Dans mon machin c?était pas ça du tout, malgré l?effarante abondance de trucs en tous genres

J?ai remonté mon machin

Je l?ai remonté exactement pareil, exactement, sauf qu?il me restait trois vis

Des toutes petites

Qui tombent quand on veut les prendre

Des timides, qui courent se cacher dans la moquette

J?ai fini par les attraper toutes les trois et je les ai mises sur la table pour les regarder

Longtemps

Des fois il faut regarder les choses longtemps pour savoir ce qu'elles ont dans le ventre

Et encore?

Des fois on a beau les regarder?

J?ai regardé mes vis

J?ai regardé mon machin

Longtemps

Dans le machin, il y avait aucun trou de vis qui correspond

Tous les trous de vis étaient occupés

Par des vis

C?était plutôt rassurant, ça

Et puis l?essentiel c?est que le machin fonctionne

Et il fonctionne

Je l?ai rebranché et il a l'air de ne plus déconner

Les fabricants de machins c?est des gens prévoyants, ils prévoient des vis en plus

Des petites qui prennent pas de place dans le machin

Ils les mettent dans un coin, des fois que tu en aurais besoin

C'est gentil

Quand j?ai refermé le machin, je me souviens, je me suis sentie toute pleine d'amour pour l'humanité

En particulier pour les fabricants de machins 



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