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jeudi 17 août 2006

« J'ai le cul tanné »

elle a dit. Alors lui il a fait « Ben moi je te le prends et je te le détanne. » Avec le geste rabelaisien de saisir quelque chose de bien large, à pleines mains, genre à hauteur de pubis. Elle ça l'a énervée, elle est partie et la porte nous a crié des trucs comme quoi on était tous des cons (parce qu'on avait tous rigolé) avant de claquer. La porte.

Je crois qu'elle a eu tort. La fille, pas la porte. Elle a eu tort. C'était exprimé un peu à la hussarde mais ça partait d'un bon sentiment.

Total on a eu des parts plus grandes et on a mangé et rigolé comme des détraqués en chantant « La pizza, je te veux si tu veux de moi » et personne mais personne à aucun moment ne m'a proposé de me détanner le cul.

C'est-y Dieu possible ?

... Un vieux Charlebois pour oublier ?



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mercredi 16 août 2006

Mme Fontaine (l'oeil mystérieux) :

? Hier soir, sur votre balcon, j'ai vu UN HOMME !

Moi (le sourcil dressé) : ? Ah oui ?

Mme F. (le sourire dégoulinant de mélasse) : ? En petite tenue... Remarquez, il faisait lourd.

Moi (le neurone hagard) : ? Vous savez quoi, Mme Fontaine ? C'était probablement mon mari.

Mme F. (morte de rire, genre putain celle-lĂ  on me l'avait jamais faite, je la ressortirai, tellement pliĂ©e en deux que j'ai cru un instant qu'elle allait pas pouvoir se relever, qu'elle clamserait lĂ , dans le hall de l'immeuble, et que les flics me tabasseraient toute la nuit pour que je leur dise pourquoi j'avais butĂ© la vioque) : ? Oh ! SĂ»rement.

Moi (gencives affĂ»tĂ©es) : ? Par contre, si jamais vous aperceviez une vache charollaise ou BenoĂźt XVI sur mon balcon, prĂ©venez-moi tout de suite, hein ? Tenez, je vous laisse mon numĂ©ro de portable. On fait comme ça ?

Mme F. (fanons tendus à la recherche d'une derniÚre goulée d'oxygÚne avant l'apoplexie) : ? Ben oui...

Elle est pas mĂ©chante, au fond, Mme Fontaine. Relou, certes, mais pas mĂ©chante. En plus, elle a plutĂŽt la pĂȘche pour son Ăąge. Comment vous la dĂ©crire ? Imaginez une sorte de trĂšs vieille peau sur les os qui rĂŽderait dans votre quartier Ă  toute heure, invariablement accompagnĂ©e d'un animal orange et nanomĂ©trique. Un chien, je crois.



En savoir plus : Mme Fontaine (l'oeil mystérieux) :


mardi 15 août 2006

Next

« La globalisation est un paysage hypothétique, fondé sur une idée : donner à l'argent le terrain de jeu le plus vaste possible. (...) C'est fascinant de voir comment ce qui était juste une hypothÚse est devenu, d'un seul coup, un choix obligé. (...) Le lieu commun qui veut que la globalisation soit "incontournable" s'est érigé en totem inattaquable. »

« (...) ceux qui aujourd'hui nous vendent la globalisation demandent en Ă©change une libertĂ© d'action qui ne reconnaĂźt qu'un seul principe rĂ©gulateur : la loi du plus fort. (...) Vous demander si vous ĂȘtes pour ou contre la mondialisation ne veut pas dire vous demander si vous ĂȘtes favorables aux aliments transgĂ©niques, si vous aimez les Nike, si la disparition des dialectes vous effraie ou si le salaire des Chinois qui fabriquent vos chaussures vous paraĂźt une chose juste ou terrifiante. Cela veut dire vous demander si vous ĂȘtes prĂȘt, pour habiter un monde plus riche, Ă  habiter un monde sĂ©lectif, compĂ©titif, dur, oĂč rĂšgne constamment la loi du plus fort. »

« (...) l'idĂ©e de globalisation "propre" doit passer, nĂ©cessairement, Ă  travers une sorte de rĂ©volution culturelle : elle a besoin que le monde accepte de penser le futur sans prĂ©jugĂ©s, et soit prĂȘt Ă  cesser de dĂ©fendre un prĂ©sent qui n'existe dĂ©jĂ  plus. Je ne crois pas que, s'il y a une "bonne" globalisation, elle ne peut ĂȘtre rĂ©alisĂ©e par des tĂȘtes qui s'en vont dĂ©truire les McDonald's ou qui ne voient que des films français. Ce Ă  quoi je pense, c'est autre chose. Je pense Ă  des gens convaincus que la globalisation, telle qu'on est en train de nous la vendre, n'est pas un rĂȘve erronĂ© : c'est un rĂȘve petit. ArrĂȘtĂ©. BloquĂ©. C'est un rĂȘve en gris parce qu'il sort directement de l'imaginaire des chefs d'entreprise et des banquiers. En un certain sens, il s'agirait de commencer Ă  rĂȘver ce rĂȘve Ă  leur place : et Ă  le rĂ©aliser. C'est une question d'imagination, de tĂ©nacitĂ© et de colĂšre. »

« (...) la question de la guerre. Réfléchissez à cela : il n'y a pas de globalisation sans la paix. Puis à cette autre chose : quelle est la plus grande industrie du monde, celle qui fait tourner la plus grande masse de capitaux ? L'industrie de l'armement. (...) Est-ce qu'un projet d'enrichissement collectif qui s'en prenait précisément aux plus riches pouvait tenir la route ? Difficile. Et en effet, une des difficultés, non dites, de la globalisation, est bien de régler ce problÚme. Or : les conséquences du 11 septembre ont mis en route un modÚle de solution possible. Fin des guerres traditionnelles (la globalisation ne les permet plus) et début d'une nouvelle guerre, interne, chronique, inévitable : celle contre le terrorisme. (...) Quelques mois seulement ont passé, et déjà les nouvelles du front sont devenues une constante de notre paysage, avec la météo et les faits divers. C'est un modÚle de guerre en temps de paix. »

Alessandro Baricco, Next. Petit livre sur la globalisation et le monde Ă  venir, 2002.



En savoir plus : Next


lundi 14 août 2006

AprĂšs mon pĂšre

elle a Ă©pousĂ© ce chien sale qui avait Ă©tĂ© Ă  lui, rien qu'Ă  lui, qu'il avait avant de mourir Ă©levĂ© longtemps et nourri chaque jour et mĂȘme couchĂ© en travers de son lit avec des bons susucres plein la gueule et des petites tapes d'amour sur le dessus du crĂąne.

Elle, elle l'avait jamais beaucoup aimé avant, mais maintenant qu'il est vieux à son tour et se rapproche sept fois plus vite qu'elle de leur solitude derniÚre à tous les deux, elle a fini résignée par l'adopter, histoire qu'il l'aide un peu à faire semblant qu'elle soit pas veuve.

Et il l'aide bien, il l'emmerde tout le temps, avec constance, avec son sublime dĂ©vouement de clebs. Infatigable, qu'il est. Quand elle mange, il la tanne Ă  force de pignements suraigus jusqu'Ă  ce qu'il ait sa part de bouffe. Quoi qu'elle graille, faut qu'il y goĂ»te aussi l'immonde crevure. MĂȘme sous la table qu'il ait sa place Ă  table. Et le soir, quand elle ferme ses volets et ses portes Ă  clĂ©, quand elle a bien fini de se barricader soigneuse au fond de son trou, c'est lĂ , juste Ă  ce moment, qu'il lui prend soudain l'envie de pisser des litres et des litres, tellement que ça n'attendra pas sans quoi il ira sur la moquette de la chambre, terrain conquis qui a dĂ©jĂ  vu passer tous ses petits besoins revanchards.

Elle le cogne, ça oui, on l'entend gueuler aux deux bouts de la rue, et il gueule longtemps, bien aprĂšs qu'elle ait fini de le battre, rien que pour l'emmerder. Elle le cogne mais ça n'y fait rien. Elle pourrait le tuer facile. Y aurait mille façons. Et mĂȘme, Ă  la limite, je serais prĂȘte Ă  l'aider. Ouais. C'est pas qu'il ait pas le droit de vivre lui aussi son semblant de vie, je sais bien, mais il est tellement con, tellement con et tellement devenu ce qu'on a voulu faire de lui... Quand on est complaisant Ă  ce point, c'est Ă  peine si on a une existence propre, non ? En tout cas, elle le tuera jamais. De mon pĂšre, il est tout ce qu'il lui reste d'un peu vivant. Elle le cogne dans les jours d'ennui mais ça l'empĂȘche pas de bien lui faire prendre ses cachets quand il est malade. Et il est tout le temps malade, vu qu'il est quasi grabataire. Un petit cachet blanc dans la bouffe du matin ? Ă  sept heures pĂ©tantes sinon il hurle Ă  la mort ? plus la moitiĂ© d'un autre pour ses yeux, plus certains jours les gouttes, les pommades, les lotions spĂ©ciales. Faut le faire durer le vieux tas d'os puant. Qu'elle en profite longtemps sa vieille.

Ils baisent pas, tous les deux. Pas que je sache. Mais avec mon pĂšre aussi ça faisait des annĂ©es qu'ils baisaient plus.



En savoir plus : AprĂšs mon pĂšre


dimanche 13 août 2006

Longtemps

et quand je dis longtemps ça dĂ©pend, 33 ans oui je sais, je les fais pas, on me donnerait plutĂŽt 25-26 et encore je sais bien c'est pas grand chose mais bon disons longtemps je c'est-Ă -dire moi, moi seule je veux dire, sans mari ni bite gonflable ni chien ben quoi? vous aimez pas les bĂȘtes? ni rien, quand je dis je c'est je me suis couchĂ©e en chien tiens justement on en parlait de fusil Ă  lunette mais ça n'a rien Ă  voir avec le reste de l'histoire oui parce que lĂ  je m'emploie mais y a des jours oĂč je me demande pourquoi je me ruine la santĂ© Ă  vous raconter une histoire faut que j'arrĂȘte de digresser encore que j'aime assez ça vous avez remarquĂ©? digresser seule dans ma petite chambre de bonne mais lĂ  encore bonne bonne c'est relatif comme disait Einstein Albert, pas Frank, Albert  1879-1955 physicien allemand ou autrichien? non ça c'Ă©tait Freud Zinedine, pas Sigmund vous suivez ou quoi? je parle de Zinedine Freud le cĂ©lĂšbre tennisman viennois ou suisse peut-ĂȘtre qui a inventĂ© il paraĂźtrait d'ailleurs selon une Ă©tude extrĂšmement rĂ©cente qu'il a pas fait exprĂšs, il voulait juste dĂ©montrer que la terre Ă©tait plate sacrĂ© Albert! pas Frank hein? ni Sigmund, non, Albert et paf! au dĂ©tour d'une Ă©quation en somme il les invente les trous noirs et les bombes atomiques qui servent entre autres Ă  les fabriquer les trous, donc si on fait les trois huit mĂȘme sur son 31 ça veut plus rien dire de bonne heure...

 

A priori c'est du charabia hein?

 

Sauf que si l'on possÚde (comme moi) le TroisiÚme ?il permettant de voir dans les coins et de transpercer les Sept Niveaux de ParenthÚses du Voile de Maya pour escalader les Vingt-Trois Piliers de la Sagesse et atteindre enfin le SuprÚme et Dernier Echelon de la Conscience avant l'Autoroute, alors soudain tout s'éclaire! Le monde des phénomÚnes, de simple Foutoir qu'il était, devient Foutoir Hautement Organisé (FHO, comme dit la tradition védique) et, accessoirement, le texte ci-dessus vous apparaßt soudain dans sa plus troublante évidence :

 

Longtemps et quand je dis longtemps ça dĂ©pend, 33 ans oui je sais, je les fais pas, on me donnerait plutĂŽt 25-26 et encore je sais bien c'est pas grand chose mais bon disons longtemps je c'est-Ă -dire moi, moi seule je veux dire, sans mari ni bite gonflable, ni chien ben quoi? vous aimez pas les bĂȘtes? ni rien, quand je dis je c'est je me suis couchĂ©e en chien tiens justement on en parlait de fusil Ă  lunette mais ça n'a rien Ă  voir avec le reste de l'histoire oui parce que lĂ  je m'emploie mais y a des jours oĂč je me demande pourquoi je me ruine la santĂ© Ă  vous raconter une histoire faut que j'arrĂȘte de digresser encore que j'aime assez ça vous avez remarquĂ©? digresser seule dans ma petite chambre de bonne mais lĂ  encore bonne bonne c'est relatif comme disait Einstein Albert, pas Frank, Albert 1879-1955 physicien allemand ou autrichien? non ça c'Ă©tait Freud Zinedine, pas Sigmund vous suivez ou quoi? je parle de Zinedine Freud le cĂ©lĂšbre tennisman viennois ou suisse peut-ĂȘtre qui a inventĂ© il paraĂźtrait d'ailleurs selon une Ă©tude extrĂšmement rĂ©cente qu'il a pas fait exprĂšs, il voulait juste dĂ©montrer que la terre Ă©tait plate sacrĂ© Albert! pas Frank hein? ni Sigmund, non, Albert et paf! au dĂ©tour d'une Ă©quation en somme il les invente les trous noirs et les bombes atomiques qui servent entre autres Ă  les fabriquer les trous, donc si on fait les trois huit mĂȘme sur son 31 ça veut plus rien dire de bonne heure...

 

C'est quand mĂȘme autre chose. 

 

Si les couleurs vous semblent à gerber, adressez-vous à Brahma, créateur de toutes choses (ou à Hautetfort si Brahma n'est pas à la maison).

 

Si vous n'avez pas de couleurs du tout, c'est que votre carte vidĂ©o vient de pĂ©ter, lĂ  adressez-vous Ă  Darty. En tout Ă©tat de cause, venez pas m'emmerder moi... Mais bon, comme vous ĂȘtes des lecteurs rĂ©guliers, je vous le fais en version monochrome :

 

Longtemps (et quand je dis longtemps ça dĂ©pend, 33 ans (oui je sais, je les fais pas, on me donnerait plutĂŽt 25-26 (et encore) je sais bien) c'est pas grand chose mais bon disons longtemps) je (c'est-Ă -dire moi, moi seule je veux dire, sans mari ni bite gonflable, ni chien (ben quoi? vous aimez pas les bĂȘtes?) ni rien, quand je dis je c'est je) me suis couchĂ©e (en chien (tiens justement on en parlait) de fusil (Ă  lunette mais ça n'a rien Ă  voir avec le reste de l'histoire (oui parce que lĂ  je m'emploie (mais y a des jours oĂč je me demande pourquoi je me ruine la santĂ©) Ă  vous raconter une histoire) faut que j'arrĂȘte de digresser (encore que j'aime assez ça (vous avez remarquĂ©?) digresser))) de bonne (mais lĂ  encore bonne bonne c'est relatif (comme disait Einstein (Albert, pas Frank, Albert (1879-1955) physicien allemand (ou autrichien? non ça c'Ă©tait Freud (Zinedine, pas Sigmund (vous suivez ou quoi?) je parle de Zinedine Freud) le cĂ©lĂšbre tennisman viennois (ou suisse peut-ĂȘtre)) qui a inventĂ© (il paraĂźtrait d'ailleurs (selon une Ă©tude extrĂšmement rĂ©cente) qu'il a pas fait exprĂšs, il voulait juste dĂ©montrer que la terre Ă©tait plate (sacrĂ© Albert! (pas Frank hein? ni Sigmund, non, Albert)) et paf! (au dĂ©tour d'une Ă©quation en somme) il les invente) les trous noirs et les bombes atomiques qui servent (entre autres) Ă  les fabriquer (les trous, donc))) si on fait les trois huit (mĂȘme sur son 31) ça veut plus rien dire de bonne) heure...

 

Ou alors comme ça :

 

Longtemps et quand je dis longtemps ça dĂ©pend, 33 ans oui je sais, je les fais pas, on me donnerait plutĂŽt 25-26 et encore je sais bien c'est pas grand chose mais bon disons longtemps je c'est-Ă -dire moi, moi seule je veux dire, sans mari ni bite gonflable, ni chien ben quoi? vous aimez pas les bĂȘtes? ni rien, quand je dis je c'est je me suis couchĂ©e en chien tiens justement on en parlait de fusil Ă  lunette mais ça n'a rien Ă  voir avec le reste de l'histoire oui parce que lĂ  je m'emploie mais y a des jours oĂč je me demande pourquoi je me ruine la santĂ© Ă  vous raconter une histoire faut que j'arrĂȘte de digresser encore que j'aime assez ça vous avez remarquĂ©? digresser seule dans ma petite chambre de bonne mais lĂ  encore bonne bonne c'est relatif comme disait Einstein Albert, pas Frank, Albert 1879-1955 physicien allemand ou autrichien? non ça c'Ă©tait Freud Zinedine, pas Sigmund vous suivez ou quoi? je parle de Zinedine Freud le cĂ©lĂšbre tennisman viennois ou suisse peut-ĂȘtre qui a inventĂ© il paraĂźtrait d'ailleurs selon une Ă©tude extrĂšmement rĂ©cente qu'il a pas fait exprĂšs, il voulait juste dĂ©montrer que la terre Ă©tait plate sacrĂ© Albert! pas Frank hein? ni Sigmund, non, Albert et paf! au dĂ©tour d'une Ă©quation en somme il les invente les trous noirs et les bombes atomiques qui servent entre autres Ă  les fabriquer les trous, donc si on fait les trois huit mĂȘme sur son 31 ça veut plus rien dire de bonne heure...

 

Quoi? Proust m'a piqué le concept?

 

L'enculé...



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